Les objets de ma mère, un portrait.

Publié le par Théodora Olivi, cf album ci-contre

Dans cette ère du fac-similé et du consumérisme forcené, ma mère pourrait être considérée comme une fétichiste.
La manière qui est la sienne de conserver des objets anodins, sans aucune valeur historique ou artistique, entraîne une poétique prégnante. Elle mène chaque chose plus loin que nous pourrions le penser. Il y a certes des objets sentimentaux auxquels elle s'est attachée parce qu'ils contiennent un temps révolu, il y a aussi les très vieilles choses qui brinquebalent et n'ont plus l'air de rien (mais elle tiennent encore debout et remplissent toujours leur fonction utilitaire), il y a ce qui a été trafiqué, réparé, transformé de ses propres mains pour continuer à exister.
Chez elle se multiplie donc cette sensation étrange : car elle a "individualisé" (spacialement ou plastiquement) des objets universels, qui se trouvent identiques ou presque, chez chacun d'entre nous.
Mais pas chez elle.
J'ai choisi quelques uns de ses objets (les plus significatifs, ceux qui sont ma mère sans aucun doute) et je les ai décontextualisé, les plaçant devant un fond blanc, neutre.
Puis j'ai photographié ma mère, ne gardant qu'un parcelle de son visage un peu flou, dans le même espace, dans la même lumière.
Ces 9 photographies présentent un portrait de femme, un document "décadré", peut-être un peu violent.
Que reste-il de ses objets extraits de leur univers singulier ?
Que leur arrive-ils si je les loge tous à la même enseigne, avec la même objectivité ?
Qu'advient-il de l'humain, conserve-il sa particularité, sa vivacité ?
Qu'arrive-il au monde sous le joug d'un appareil photographique ?
Est-ce dans une aptitude à capter le détail que s'incarne la force poétique ?

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