oscillations

Publié le par Théodora Olivi

L'artifice en photographie se trouve pouvoir être bon nombre de choses.

Le simple fait de capter une image à l'aide d'un instrument mécanique et d'en rendre compte en un temps et un endroit définis pourrait être considéré comme un artifice criant.

Ce que je voulais donner à percevoir est l'artifice inhérent à l'image photographique, celui là même qui nous trouble parfois et remet en cause la véracité de l'oeuvre que nous avons sous les yeux.

Est-ce que ce que je vois est juste ?

Pour combien de temps ?

Ces questions ont toujours été un corollaire naturel à l'acte photographique, et force est de constater qu'elles sont de plus en plus mises à l'épreuve.

J'ai ainsi choisi de faire 4 portraits de la même personne avec un instant d'intervalle entre deux prises.

Un instant seulement.

Les photos, mises en série les unes à la suite des autres, procurent cette sensation d'indistinction et de mouvement permanent. Elles se ressemblent quasiment, mais elles sont néanmoins toutes différentes.

Si bien que je ne sais pas qui est la personne en face de moi.

J'ai une idée générale et cohérente, mais je suis incapable de la fixer dans le détail.

Le chois du petit format (qui rappelle les photomatons, ces images officielles recelant pourtant les travers les plus coriaces de la personnalité) concentre l'image et réduit les différences les plus marquantes.

L'artifice, à proprement parler, n'émane pas de l'image en soi mais de l'entre deux images.

où se situe l'image que je regarde ?

Chaque image impose un changement soulignant la perte d'un temps (l'entre deux), rappelant ainsi que ce que nous pouvons capturer n'est que parcellaire, défini, figé.

En tentant de reconstituer une oscillation à l'aide de fragments finis, cette suite nous met en porte-à-faux (entre artifice et désir) et souligne la contradiction fondamentale entre la quête d'un idéal et la tragédie du concret, du réel.

Si j'avais pu croire un temps avoir perçue et comprise la personne en face de moi, cette variation sur le détail me rappelle la facticité de la captation, me procurant des sensations puissantes et paradoxales : la frustration et la tristesse fondamentales qu'il y a à se rendre compte que l'autre ne sera jamais absorbé totalement par mon être, se mêlent à la jubilation que contient le changement, relayé par le paraître.

Si je peux faire croire que je suis telle ou telle personne, nul ne saura jamais qui je suis complètement.

 

 

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