un musée à ciel ouvert

Publié le par Théodora Olivi, cf album ci-contre

nTout d'abord, j'ai choisi de travailler autour de la place de l'art dans l'espace public. En effet, certaines politiques culturelles de l'ordre du 1% alloué à l'art contemporain, permettent aux artistes d'inscrire des oeuvres au sein de paysages urbains d'une diversité étonnante.

La vaste esplanade au pied de la Tour du Crédit Lyonnaise, à Lyon, s'avère ainsi ponctuée de sculptures imposantes.Nous sommes dans un quartier composé tant d'immeubles élevés que et vitrés que de barres d'habitations type HLM. Diverses passerelles mènent à l'esplanade qui elle-même permet l'accès aux logements, aux bureaux, au centre commercial et offre également de nombreux raccourcis vers la gare ou l'auditorium, par exemple.

Espace de transit donc, lieu de passage.

Des flux, du mouvement.

Quelques sculptures massives se trouvent pourtant là, au milieu, bien ancrées, comme pour signifier une présence atemporelle.

L'une est une fenêtre ouverte, un cadre dans le cadre. Elle définit une zone précise, nous amenant à regarder plus particulièrement ce qui est à l'intérieur, à prêter attention à ce nouvel ensemble devant nos yeux, plus réduit, plus intime.

L'autre fait obstruction. Elle cache. C'est une tache noire qui entrave l'image proposant un instant de repos peut-être, parmi cet ensemble architectural dense.

La dernière nous regarde.Elle semble nous surveiller. Ces 2 yeux pierreux plongeant sur nous nous renvoient à la question de notre corporalité. Quelle est ma taille ? Quelle est ma place ?

Ces 3 sculptures rompent la monotonie inhérente à cet endroit de démesure. Elles nous renvoient au qui suis-je?, au où suis-je?, à notre manière de regarder, d'occuper, de construire notre monde.

Le dyptique couleur joue sur l'illusion.

Voici 2 images d'un parking dans lequel se déploient des "photographies-panoramas" réalisées par Marin Kasimir.

La ville Lumière, la ville majestueuse, la ville sereine comme toile de fond au Parc Auto St Georges.

La cité, grandiose, se déroule sous nos yeux sans accroc, à moins que l'on y fasse bien attention.

Alors, le doute surgit.

Alors, le doute surgit. La ville royale et une poutre en béton ?Illuminée par un tube néon ? Et ces vélo, appartiennent-ils à l'image ? Où se situe le réel, où se situe la photographie ? Le ciel gondolerait-il, en haut à gauche?

Le ville qui tout comme comme le musée accueille des oeuvres d'art engendre des questions: quel est le lieu dans lequel je me trouve ? m'appartient-il ? comment le regarder ? comment me l'approprier ? de qui émane l'image ici présente ? est-elle contenue dans l'oeuvre et son positionnement, ou est-elle le résultat de mon interprétation ?

Par la suite, j'ai cherché comment "l'urbain" pouvait être le décors actif le plus approprié à une volonté artistique. En quoi la ville pouvait être la scénographie idéale.

Des corps dans la ville. Décors : la ville.

Mais pas n'importe quels corps. Des corps dernier cri. Vêtus des ultimes extravangances des as de la haute couture. Des corps modèles, dynamisés par l'architecture qui les englobe et les propulse à la fois.

J'ai songé à Helmut Newton en réalisant ces clichés : des corps magnifiés par l'espace urbain.

Mais ici le bâtiment rythme tout en restant flou, il sous-tend et s'efface au profit du sujet.

Le triptyque couleur est né autour d'une réflexion intimée par Daniel Arasse. Il rappelait, lors d'une émission radiophonique, que le musée avait rapproché considérablement l'oeuvre du spectateur, mettant ce dernier en position quasi similaire à  celle du peintre peigant. Ainsi nous sont apparus des détails qui n'étaient pas peints pour être vus. Une nouvelle histoire de la peinture est née du détail, une histoire plus intime, singulière.

Et si jeme rapprochais de la matière ? Et si je cherchais du pictural, du plastique, du rythme en photographiant la ville de plus près ?

Ces 3 images appartiennent à la ville brute, je n'ai rien agencé à l'intérieur du cadre.

L'enchaînement de carrés noirs perturbé se stries incisées laissant apparaître une couleur peut suggérer tant Mondrian et son amour de la géométrie par la ligne que Soulages et ses tableaux noirs des années 70.

Ce pan de mur parfaitement structuré (du point de vue des couleurs, des formes, des lignes) interroge sur les qualités propres à un objet concret, provenant du réel, et répond ainsi de lui-même aux recherches faites par Klee, Malevitch, Mondrian et d'autres au niveau de la composition.

Feutre. Ficelle. Gravas. Métal. Joseph Beuys.

Tout ceci parterre comme cela.

Joseph Beuys au milieu d'une rue en chantier.

A Lyon.

La ville, comme le musée, peut être un lieu de mémoire, un contenant d'émotions, de souvenirs.

Elle peut contenir Joseph Beuys par hasard, elle peut créer de l'artistique.

Et si tout était là et qu'il faille juste regarder différemment ?

Et si la ville était en réalité un vaste musée aux yeux de celui qui saurait le voir ?

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